mardi 5 février 2013

L'inspecteur d'anatomie, vous le connaissez?



Nous avons parfois entendu parler des étudiants en médecine qui venaient voler les cadavres dans les cimetières pour les disséquer, les opérer, bref pour apprendre leur art. Les curés des paroisses se sont plaints et les évêques ont demandé que les fosses soient plus profondes et que des clôtures soient érigées autour des cimetières pour que les morts échappent à la prédation tant animale que humaine.

Les activités particulières des étudiants en médecine dans les cimetières provoquent la colère des curés et de leurs ouailles. 

À compter de 1880 des lois apparaissent un peu partout au Canada et au Québec qui viennent, croit-on régler le problème de vols de cadavres. Dans le cadre de l'Acte 46, le Québec est divisé en deux sections,  Montréal et Québec, que le lieutenant-gouverneur pourra diviser en autant de districts judiciaires qu'il l'estimera bon (46 V., c. 30, s.1). Le lieutenant-gouverneur mettra à la tête de chacun des sections un inspecteur d'anatomie et, à la direction de chacun des districts judiciaires, un sous-inspecteur d'anatomie, sauf pour ce qui concerne les villes de Montréal et de Québec, qui disposeront chacune de son propre inspecteur d'anatomie. Pour leur charge, les inspecteurs ne pourront être agrégés d'aucune université ni école de médecine (46 V., c. 30, s.1). 

À moins d'avoir été réclamé par sa famille proche pour être inhumé, le corps de toute personne morte publiquement, ou de celle qui, au moment de sa mort, était à la charge d'une institution publique subventionnée, devait être remis par l'inspecteur d'anatomie ou par le sous-inspecteur, aux universités et écoles de médecine pour servir à l'étude de l'anatomie et de la chirurgie (46 V., c. 30, s.2).

Les administrateurs d'institutions publiques, hôpitaux psychiatriques ou prisons par exemple, les coroners, de qui relève la décision de faire ou non enquête quand on trouve un cadavre, doivent dans les 48 heures suivant un décès pour les premiers, et immédiatement pour les seconds, prévenir l'inspecteur ou le sous-inspecteur d'anatomie. Sauf lorsque la mort est due à une maladie contagieuse, sans exception, les corps doivent être livrés à la personne désignée par l'inspecteur de l'anatomie (46 V., c. 30, s.3).

L'avis que reçoit l'inspecteur ou le sous-inspecteur, indique obligatoirement les nom et prénom si on les connaît, le sexe, l'âge, l'état, la religion, la nationalité, l'occupation, la date du décès et la maladie ou la cause de la mort du défunt.

Le sous-inspecteur doit remettre sans attendre à l'inspecteur et l'avis et le cadavre, sous peine d'amende (46 V., c. 30, s. 4).

L'inspecteur doit tenir un registre dans lequel apparaîssent tous les éléments de l'avis reçu ainsi que l'université ou l'école de médecine de la province où le corps a été livré. Il doit également répartir équitablement les corps reçus et tenir compte du nombre d'étudiants inscrits. Finalement il a l'obligation de visiter une fois la semaine les salles de dissection et celle de s'assurer que les restes reçoivent une sépulture décente selon leur religion une fois que les étudiants ont fini de les utiliser (46 V., c. 30, s. 5).

Les dirigeants des institutions d'enseignement en médecine ont pour leur part l'obligation de tenir un registre équivalent à celui de l'inspecteur, mais contenant en plus la date de réception, et la date de remise à l'inspecteur pour inhumation au cimetière dont le nom est indiqué (46 V., c. 30, s. 6).

Encore faut-il payer pour les cadavres : en plus des frais de transport, les écoles ou universités devront payer 10$ pour chaque corps livré. L'inspecteur, lui, paie au sous-inspecteur la somme de 5$ et les frais de transport (46 V., c. 30, s. 7).

Obligation est faite à tous administrateur d'université ou d'école de médecine de ne se munir en cadavres que de l'inspecteur ou sous-inspecteur d'anatomie. Les amendes pour ce motif seront retenues à même les subventions que le gouvernement verse aux établissements : on ne blague pas avec les cadavres (46 V., c. 30, s. 8)! 

Sous peine d'amende, l'inspecteur ou le sous-inspecteur doit en plus se présenter dans les huit jours sur les lieux du décès et et faire préparer un acte de décès qui sera considéré comme un acte de sépulture.

Le 46 V., c. 30, s. 9 précise que l'acte, tel que rédigé, devra contenir ce qui suit, que l'on trouve repris dans Les mandements d'évêques à l'intention des curés :





Enfin, l'inspecteur d'anatomie devra faire au secrétaire de la province le premier octobre de chaque année, un rapport de ses activités (46 V., c. 30, s. 10).

Voici maintenant un acte, tel qu'on peut le voir au registre de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Montréal en 1887 :

Le seizième jour de Novembre mil-huit-cent-quatre-vingt-sept, s'est présenté devant Nous, Pretre Soussigné, Charles E. de Lamirande Ec., Inspecteur d'Anatomie pour la section de Montréal, lequel conformément à l'Acte 46 Vict. Ch. 30 Art 9, nous a requis d'insérer dans le présent registre l'Acte de décès de Antoine Raymond, natif du Canada, célibataire, cultivateur, décédé le sept du présent mois à l'Hospice St. Jean de Dieu de la Longue Pointe, âgé de vingt-sept ans, appartenant à la religion catholique. – Et le dit Inspecteur a signé avec nous. – Lecture faite.
En fait c'est la lecture de cet acte qui m'a intriguée et amenée à chercher ce que pouvait bien faire un inspecteur d'anatomie.

Et vous? Vous aviez déjà rencontré ce terme?


Sources : 
William Notman, Cours d'anatomie, étudiants en médecine de McGill, Montréal, Qc, 1884, Plaque sèche à la gélatine, Musée McCord.
Les statuts refondus de la province de Québec, Québec, Imprimés par Charles-François Langlois, 1888, PP226, 227, 228, 229, 230
Archidiocèse de Québec, Mandements, lettres pastorale et circulaires des évêques de Québec, Vol. 2, Québec, Imprimerie générale A. Côté et Cie, 1890, P381-382.
Saint-Jean-de-Dieu de Montréal, île de Montréal, 1887, F9R, S48

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